Dans la bulle de Zaz

Match POINT ou comment Zaz s’est posée une question existentielle sans y répondre

décembre 15, 2005 · Laisser un commentaire

La balle est elle toujours dans le camp des plus veinards?

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J’ai été voir Match Point, le dernier Woody Allen, il y a quelques jours.
Pour ceux à qui la patience est une qualité qui fait défaut, abstenez vous encore quelques temps: j’ai eu la bonne surprise de devoir me taper une bonne demi heure de queue devant le Gaumont Champs Elysées pour acheter les billets, et une bonne demi-heure supplémentaire avant de fouler de mes pieds manants le sacro-saint tapis rouge de la salle. De nature à avoir quand même la critique facile, et détestant attendre quelles que soient les circonstances, je dois avouer que le film était parti pour se faire lyncher à la moindre seconde d’ennui. Mais la garce en moi est restée sur sa faim,

le film était parfait, pas une seconde où j’ai tourné de l’oeil, où je me suis évadée ailleurs, hors de la salle. Je peux affirmer aujourd’hui une certitude: comme le vin, M. Allen se bonifie avec l’âge. Si sa touche personnelle est plutôt absente de ce film, l’indémodable combinaison du succès à la Woody -personnages banals mais uniques, problématique commune mais envisagée de manière particulière sur fond de toile psychologique, humour sous toutes ses formes: cinglant, noir, sarcastique, caustique, absurde, voire même burlesque- n’en reste pas moins présente.
il est vrai que l’on se dit au fur et à mesure du déroulement du film que cet opus aurait pu être signé de la main d’un autre, non moins talentueux. Mais elle revient vite, cette signature implacable qui fait que dans la salle, ce n’est pas un film, mais un Allen qui est diffusé. Le commencement de l’enquête policière marque le vrai génie du maître: personne ne le fait mieux que lui, ce génie de combiner le dramatique et le burlesque, le tragique et le ridicule.
Les acteurs sont exceptionnels: Johnatan RHYS MEYERS, campant un jeune homme tout en bouche, en plein dans une ascension sociale fulgurante qu’il doit à l’exemple de vertu et de douceur qu’est sa femme, dont le rôle est interprété avec talent par Emily MORTIMER. Scarlett JOHANSSON, un cocktail explosif de sensualité et d’émotivité, joue divinement bien la trouble-fête de ce décor idyllique, en semant à la seule force de ses lèvres ensorcelantes, le doute quant au choix cornélien que le personnage de Johnattan doit effectuer.
Inconditionnelle de ce cher Woody, je me dis aujourd’hui que même si je n’avais pas une telle déférence pour le Maître, j’aurais malgré tout adoré ce film, qui en plus d’être exceptionnel, se déroule dans ce Londres qui m’est si cher.
en deux heures (le film est long), j’ai zappé le temps froid, la pluie, l’attente sous la flotte, la mauvaise humeur de la journée, les nouvelles qui sapent le moral, les parents loin, le mec qui s’est barré, la vie qui va nulle part, la guerre dans le monde, l’inspiration qui s’est fait la malle, l’éloignement, les trois ou quatres vannes ratées de la journée, le boulot qui reprend demain, tout, merci, merci Woody…

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